dimanche 6 mars 2016

Grand habit de cour Louis XV: le grand corps baleiné

Pour les Fêtes Galantes organisées au Château de Versailles, j’ai décidé de me faire un grand habit de cour. Temps d’Elegance a posé les bases dans un de ses articles et va vous présenter des tutoriels avant cet événement, afin vous aussi de réaliser un grand habit de cour. Je vais détailler ici mes recherches personnelles, j’espère qu’elles vous seront utiles ! 
Mon tissu sera un lamé argent. Les décors en dentelle et dentelle métallique. 
J’ai décidé de me tourner vers un habit de la période Louis XV, des années 1745-55. Mes principaux modèles sont les portraits des filles de Louis XV et Marie Leczinska. 

 1748 : Nattier Mesdames Victoire et Sophie de France, 1749, Nattier, Madame Adélaïde de France.

 Le grand corps a en fait une coupe très « archaïque » puisqu’elle reprend celle des grands corps de l’époque de Louis XIV. 

 Illustration d’un grand habit de cour donnée par Garsault dans l’Art du tailleur, 1769. 


Voici la définition qu’en donne Garsault : « le grand habit de cour consiste en un corps fermé, plein de baleines, & un bas de robe : le corps se couvre d’étoffe ; le bas de robe se fait des mêmes étoffes, ainsi que le jupon ; Le Tailleur de corps construit le corps & le bas de robe ; la Couturière, le jupon; la Marchande des modes ajoute à l’habillement les pompons &; agréments. » « Cet habit est ancien, & n’a pas changé jusqu’à présent pour les cérémonies de la cour. » 

Si l’explication et assez claire, je dois avouer que je suis un peu sceptique face au dessin donné par Garsault.

Grand corps pour grand habit de cour, Garsault, l'Art du Tailleur, 1769

 Il indique la forme générale, avec des bretelles (ou épaulettes) placées très basses dégagent le haut des épaules, comme sur les portraits mais je suis plus gênée par le nombre de pièces constituant le corps. Ils semblent plutôt composés de cinq pièces (ou 7 si les épaulettes sont séparées), les coutures recouvertes de décorations (dentelle, ruchés ou broderies). Le modèle de Garsault semble présenter une seule couture sur le côté au lieu d’en avoir une en plus sur le côté devant. Les quelques pièces survivantes de grand habit à la française survivantes sont également composées de plus de pièces.

Quoiqu’il en soit, j’ai décidé de plutôt me baser sur les portraits d’époque en ce qui concerne le nombre de pièces. Je ne sais pas encore si je vais reprendre le patron de ma robe de cour XVIIe siècle  en adaptant un peu les mesures car je trouve l’encolure pas encore super ou si je reprends mon patron de corps baleiné qui me vas très bien et pour lequel je n’ai eu aucune modification à faire (issu du Costume close-up de Linda Baumgarten). Mais je devrais beaucoup plus le modifier. 

Pour le baleinage, j’ai découvert que je corsettais tout aussi bien avec un corps semi baleiné plutôt qu’avec un corps pleinement baleiné. En fait, le pleinement baleiné n’affine pas plus mon torse et donne une légère épaisseur en plus. Quand j’écris « semi-baleiné », je baleine le devant complètement, ainsi que le dos, seuls les côtés sont un peu allégés. Il s'agirait plutôt d'un "trois-quart"! Je pense me baser sur la radiographie du corsage du mariage de Sofia Magdalena (1772) pour le sens des baleines. Je vais peut-être y ajouter une poche à busc, pour avoir un devant bien droit, étant donné que les baleines ont tendance à suivre les courbes du corps avec la chaleur du corps. 

Radiographie du corsage du grand habit de cour se Sofia Magdalena, 1772, repique depuis Isis' wardrobe.



Egalement repiqué chez Isis' wardrobe, un autre corps piqué, des années 1770-90. On devine que même les petites manches sont baleinées. Le nombre de pièces est identique à ce que l'on voit sur les portraits. La fermeture se fait au dos, mais n'est pas visible car les oeillets sont cachés par un petit rabat de tissu.  Il y a un busc très mince sur le devant en plus du baleinage, qui présente aussi des "baleines de dressage": des baleines horizontales qui soutiennent la poitrine.


Grand corps, XVIIIe siècle, Metropolitan Museum.

Grand corps de 1772 et corset porté sur un grand corps piqué, pour Marie Antoinette, années 1780.
On note la présence de crochets au dos, afin de maintenir bien à plat la jupe et le bas de robe.

 Petite analyse de la composition du grand corps :
J'ai délibéré coupé les images pour se focaliser sur les grands corps.

1745-1756


1749-1754

1. Manches garnies de dentelles dites "petits bonhommes": un ou deux volants tombants depuis le haut, et deux montants depuis le coude. On voit parfois un autre volant dessous, qui peut provenir de la chemise. Les manches peuvent être amovibles (comme sur la première photo, robe de mariage de la future Catherine II de Russie) ou cousues au grand corps  ou à la chemise.

Grand corps à la française du couronnement de Maria Feodorovna, 1796, Musée des Armures, Moscou.

2. Bande de dentelle droite cousue au décolleté. Quelques plis permettent d'épouser la courbure du corsage.
3. Décoration du devant: il peut être fait de "coquilles"de dentelles, plus rarement de broderies et surtout de bijoux!
4. Épaulettes basses, se plaçant sur l'épaule.
5. Devant du corsage pointu et descendant assez bas. C'est le seul endroit où l'on peut éventuellement voir deux ou quatre petites basques ou tassettes. Sur les portraits, on a une forme assez arrondie sur le devant, comme sur le dessin de Garsault, mais toutefois la taille est très fine. Cela me semble aujourd'hui anatomiquement impossible à obtenir sans avoir un corps déjà formé depuis l'enfance à porter ce genre de forme de corps baleiné. Donc on va tricher!
6. Ruban fermant le bas de la manche (c'est mon interprétation!).


mercredi 17 février 2016

Comment faire des recherches pour documenter ses costumes.


En discutant avec d’autres passionnés, je me suis dit que j’allais essayer de vous donner une sorte de boite à outils pour aider à débuter les plus néophytes et peut-être (j’espère !) vous donner des pistes et éviter de trop vous perdre sur Internet.


  •  Se faire des imagiers
Mon premier conseil est de vous « éduquer » l’œil aux formes, couleurs et motifs d’une époque. Pour cela, les sites généralistes vous permettront de vous faire des sortes d’imagiers. N’hésitez pas à enregistrer les images (sur votre ordinateur, sur Pinterest ou autre chose). C’est ce que je fais par décennie de siècle. Cela permet d’avoir des repères visuels.

J’avais un prof de fac en archéo qui nous disait que c’était des grandes boites dans lesquelles on peut ensuite mettre de plus petites pour affiner et ainsi de suite.

C’est ce que j’ai fait sur Pinterest. Vous remarquerez, si vous me suivez, que je commence par faire des albums par décennie, puis j’ai tendance à les sous-diviser par thématique. Exemple récent, les années 1760 que j’ai divisées en homme et femme ; les années 1900 que j’ai divisées en robe du soir, tenues de bain, etc.

Cela va affiner votre vision des choses. N’hésitez pas à les parcourir de temps en temps.

A partir de quels sites ?

Vous aurez compris que je suis fan de Pinterest !


Dorénavant, les bases de données en ligne regorgent d’images. Toujours est-il qu’il faut qu’elles soient sourcées en ce qui nous concerne. C’est-à-dire, auteur (ça vous donne déjà une idée de la période), date et lieu de conservation (comme ça, vous pouvez espérer en apprendre plus sur le site originel de provenance de l’image).

Attention, je modérerais mon propos sur deux points : les images d’artistes. Un artiste peut dessiner, peindre une époque qui n’est pas la sienne (donc l’authenticité peut être douteuse), il peut également inventer, imaginer, prendre des libertés voulues ou nom. Une image n’est pas forcément la vérité sur ce qui se portait. Renseignez-vous sur cet artiste : est-il connu pour « déguiser » ses modèles ? Est-il connu pour être un peintre de la réalité quotidienne ? etc, etc.
Attention pour les costumes, aux photographies de costume de film, qui parfois sont si bien exécutés qu’on les croirait authentiques (notamment vrai pour la maison Tirelli !). C’est également vrai pour certains costumes de reconstitution.


  • Bases de données  d’images :
RMN photo (catalogue des collections de musées nationaux à l’origine, qui s’élargit aujourd’hui aux chefs d’œuvres des collections de tous les musées de France)
Base Joconde : catalogue des musées de France

Grand Ladies site: un site qui recense pleins d'images de femmes de l'aristocratie au cours des siècles,  
Les grands sites de musée :Le Metropolitan Museum deNew York, Le Museum of Fine arts de BostonLe Rijksmuseum, le Victoria Albert museum de Londres. Le LACMA, le Colonial Williamsburg, le musée des Arts décoratifs de Paris. Pensez également aux sites de musées beaux arts comme Le Louvre ou Orsay. Ils ont développé de véritables bases de données en ligne de leurs collections (avec des résolutions très hautes qui plus est !).Ce n'est qu'une toute partie de la liste des sites de musées ayant une base de données en ligne.


  • Bases de données textes :
C’est essentiel d’y revenir de temps en temps. J’ai épinglé un certain nombre de revue d’époque qui sont constables en ligne. Il suffit de cliquer dessus pour ouvrir la 1ère page du premier numéro.
J’ai également épinglé des manuels d’époque diverses et variées.

Une source essentielle pour les francophones est Gallica, qui s’est beaucoup développée ces dernières années. Pour les XVIIIemistes, je vous y conseille l’Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des arts et métiers de Diderot et d'Alembert, L'encyclopédie méthodique, Manufactures, arts et métiers, de Roland de la Platière chez Panckoucke, les "Arts de ..." (tailleur, gantier, perruquier, lingère, etc) de François-Alexandre-Pierre de Garsault, avec les articles associés : (retrouver). En fouillant, vous pourrez en trouver d'autres!

Le portail Persée, le portail en ligne des revues en sciences humaines et sociales. Vous y trouverez non pas des sources primaires mais des études d'universitaires, pour la plupart.



  • Comment chercher ?

    Internet est une grande base de données à lui tout seul. La recherche par image donne de très bons résultats si on sait chercher. Seulement, vous obtiendrez plus de résultats en anglais. Pensez à utiliser un dictionnaire français anglais pour cibler vos mots clefs.
Penser à rajouter les décennies: 1750’s, 1900’s… Petit à petit, vous allez acquérir du vocabulaire sans même vous en rendre compte.


  •    La bibliographie

Si vous préférez toutefois le papier (comme moi !), voici quelques noms d’autres incontournables :
Janet Arnold dont la "suite a été reprise  par Jenny Tiramani à la tête de la School of Historical dress à Londres
Linda Baumgarten, conservatrice des Textiles et Costimes à la Fondation du Colonial Williamsburg
Norah Waugh
Toutes ont relevé des patrons directement sur les vêtements d'époque. On peut y ajouter Jean Hunnisett (pour une optique plus théâtre mais bonnes bases très correctes!) et bien d'autres encore.

J'espère que ces quelques pistes vous aideront à débuter dans la recherche...
Et vous, vous cherchez où et comment ?